Accéder au contenu principal

Pokémon : Détective Pikachu….Meuh


Je n’ai jamais vraiment été un grand gamer, un addict des jeux vidéo. Je ne saurais dire pourquoi… enfin, il m’est arrivé une fois de devenir complètement dingue d’un jeu. C’était en 1999, je venais d’avoir 15 ans, les portables n’étaient pas encore démocratisés, les réseaux sociaux n’existaient pas et surtout, le Club Dorothée s’était arrêté, courtoisie de madame Ségolène Royal…. Bref, à cette époque je ne savais pas encore ce qu’était une fille et je passais mon temps libre à faire du roller et à lire des mangas dans les Virgin Megastore (R.I.P).

Et un beau jour (pour dire vrai, je ne sais plus comment), je suis devenu l’heureux propriétaire d’une cartouche (le nom barbare que l’on donnait aux contenants de jeux vidéos à cette époque) Pokémon Bleu, celle dont le symbole était Tortank. À partir de ce moment, mes nuits se sont drastiquement réduites, tout comme mes notes au collège (oups). J’étais accro à ce RPG (Role Playing Game) des plus simplistes qui consistait à attraper le plus de poket monsters possible, de les dresser et de les faire combattre. Ah… que de beaux souvenirs. 

Donc 20 années de geekerie plus tard, qu’elle ne fut pas ma surprise en découvrant qu’une adaptation en Live Action allait sortir au cinéma le 8 mai 2019 ! L’excitation me reprenait, j’avais hâte de voir ce que les Américains avaient fait de ma petite madeleine de Proust. 

Arrive le jour de la sortie et, comme tout adulte responsable et assumant pleinement ses passions, je suis allé voir le film en cachette. En sortant de la séance, je n’aurais pas su trop dire pourquoi, mais il ne m’avait pas satisfait. Il est décevant et la raison m’échappait. Enfin pas pour longtemps, car la réponse à ma question m’est soudainement apparue ce matin au réveil.

Je dois cette épiphanie à une tendre et chère mademoiselle qui, connaissant mon penchant pokémonistique, me partagea un article de Robe Briken intitulé « ‘Pokémon Detective Pikachu’ Is a Lie » (https://onezero.medium.com/pokémon-detective-pikachu-is-a-lie-66926d840759). L’auteur explique qu’il y a des incohérences, mais que le film reste divertissant. 

En le lisant, la notion de « suspension of disbelief » (la suspension consentit de l’incrédulité en français) me revint en tête. Le concept existe depuis toujours, mais il n’a été définie qu’au début du 19e siècle par le poète britannique Samuel Taylor Coleridge. Il définissait cela comme de l’art d’insuffler de la vraisemblance dans une histoire fantastique. Ce qui se traduit par le fait de croire à une fiction le temps d’un film ou d’un livre.

« […] l’accord fut que je porterai mes efforts en direction des personnes et caractères surnaturels ou du moins romantiques ; le but étant de puiser au fond de notre nature intime une humanité aussi bien qu’une vraisemblance que nous transférerions à ces créatures de l’imagination, de qualité suffisante pour frapper de suspension, ponctuellement et délibérément, l’incrédulité, ce qui est le propre de la foi poétique »

 Samuel Taylor Coleridge, Biographia Literaria

C’est pour cela que l’on ne trouve rien à redire sur l’histoire du jeune Harry Potter, accepté dans une école de magie du nom de Poodlard.

Les incohérences du film sont le problème. Pour que l’on accepte cette suspension d’incrédulité, le monde décrit dans la fiction doit être en accord avec les règles qu’il s’est lui-même imposées. Harry Potter, interdit d’aller au Pré-au-Lard enneigé, parvient quand même à s’y rendre à l’aide de sa cape d’invisibilité. Elle lui permet de disparaitre, mais elle n’efface pas ses empreintes dans la neige. Ainsi dans le film, on peut le suivre grâce aux traces de pas. La fiction est cohérente avec les règles de son monde. 

Mais qu’elles sont ces incohérences ?

La première est qu’on nous montre des gens qui ressemblent aux personnes que l’on pourrait croiser dans la vraie vie, mais qui n’agissent pas comme ils devraient. Comment expliquer qu’un être humain sensé puisse travailler, sans aucun stresse, à côté d’un canard mutant qui, si une migraine le prend, pourrait le détruire ainsi que toute la ville. Nous passons d’un sentiment de familiarité à celui de perplexité. C’est ce que le roboticien Masahiro Mori appelle l’Uncanny Valley (la vallée de l’étrange). 

« Dans ce cas précis, l’apparence humaine est très forte, mais le sentiment de familiarité est négatif. Nous sommes là dans la vallée de l’étrange. »
Masahiro Mori

La seconde concerne la ville même, son architecture, son design. On ne peut que constater qu’elle n’est pas Pokémons Friendly. C’est-à-dire que ces petits monstres ont des tailles qui varient de quelques centimètres pour quelques grammes, à des dizaines de mètres pour des centaines de kilos. On le remarque à l’écran que les bâtiments ou bien les moyens de transport ne sont clairement pas faits pour ces étranges animaux. Et pourtant le réalisateur nous les montre se baladant dans les rues, dans les couloirs, au calme. Allo ??? C’est une absurdité, un non-sens total.

Quand je suis allé voir ce film, je ne m’attendais pas à du Godard. Et effectivement, le scénario n’est pas grandiose, mais cela m’était égal, car je voulais tout simplement retomber en enfance. Peine perdue, les aberrations m’ont très rapidement sortie du film et je n’ai plus vu que des défauts pendant plus d’une heure trente.

Quel dommage. Pour la peine et surtout pour effacer ce mauvais film de ma mémoire, je vais me refaire une petite partie de Pokémon. 

Pokemon version Bleu sortie en 1999 en France

Catégories

pokemon

Eaglesham Mc Guinky Tout afficher

Parisien trentenaire, diplômé en langues (Anglais/Portugais), civilisations (Anglo-saxonnes et lusophones) et en Histoire de l'Art et Archéologie.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :